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Courrier International
n° 514 (septembre 2000)
La fuite en avant des conservateurs Les violences provoquées récemment à Khoramabad par des groupes extrémistes téléguidés par certains cercles conservateurs du pouvoir mettent en exergue lhypocrisie du discours soi-disant pacifiste de la plus haute autorité politique de la République islamique dIran, layatollah Ali Khameneï. Hayat
é No Téhéran Au
moment des manifestations étudiantes de lannée passée et suite aux
débordements provoqués par des contre-manifestants, le guide suprême,
layatollah Khameneï avait déclaré : « Tout acte violent,
sil est commis au nom de la défense de la religion est un acte délictueux
et condamnable. Face à des opposants et même dans une situation où lon
viendrait à insulter le guide suprême, en déchirant ou en brulant son
portrait par exemple, il faut faire preuve de patience et ne pas avoir
de comportement violent. » A cette époque, ces propos du guide
de la révolution semblaient traduire un consensus régnant parmi les différents
responsables du régime pour rejeter toute forme de violence. Le message
sadressait en principe aux groupes radicaux qui ont fait de la défense
des valeurs saintes et de la sharia leur cheval de bataille. Néanmoins,
le prétexte de l « obéissance aveugle aux ordres du guide »
qui est lhorizon indépassable de dizaines de ces groupes ultras,
a pourtant été brandi à nouveau pour justifier des actions violentes qui
ont eu pour cadre cette fois la petite ville de Khoramabad (ouest, chef-lieu
de la province du Lorestan). Ces
groupes violents ont ainsi reçu lordre dempêcher à tout prix
la venue dans cette ville de deux figures éminentes du mouvement réformateur
(luniversitaire Soroush et le théologien moderniste Kadivar) qui
étaient invités à participer à la convention annuelle de lUnion
nationale des associations islamiques estudiantines (pro-Khatemi). Pour
ce faire, ils nont pas hésité à encercler laéroport, à tabasser
des étudiants et à blesser ladjoint du gouverneur de la province.
A noter que ces événements ont eu lieu quelques jours à peine après que
le président Khatemi ait déclaré à la télévision quil sengageait
à « créer les conditions dun débat politique critique et
serein dans le pays » ! La
capacité logistique de ces groupes violents à amener rapidement des troupes
dans une localité comme Khoramabad est un message clair à lattention
des réformateurs. En substance, il signifie que désormais ces extrémistes
ne se limiteront plus à harceler les réformateurs dans les grandes villes
mais quils sont tout à fait capables de le faire jusque dans des
petites villes comme Khoramabad. Dans ce contexte, ces derniers événements
doivent également être compris comme un moyen dintimider ceux qui
au sein du pouvoir croient encore possible de concilier religion et démocratie. En
outre, les blessures infligées à ladjoint du gouverneur, qui est
pourtant un blessé de guerre, est un autre signe fort envoyés aux réformateurs
par ces groupes violents. En loccurrence, il signifie que toutes
les valeurs révolutionnaires telles qu « appartenir à
une famille de martyrs », « être blessé de guerre »
ne sont valables que dans la mesure où lon partage leurs idées et
leurs intérêts. Dans le cas contraire, même un individu qui a sacrifié
les plus belles années de sa vie pour la révolution nest pas à labri
de leurs attaques. Aujourdhui,
les auteurs des crimes contre les étudiants de lUniversité de Téhéran
ont été acquittés alors que les victimes de cette violence ont été condamnés
à de lourdes peines de prison. Malgré cela, les étudiants qui soutiennent
les réformes refusent la violence et continuent de se distinguer de groupes
ultras dont la seule philosophie se limite à considérer que « celui
qui nest pas avec moi est obligatoirement contre moi ». Dans
ce contexte, il convient de se concentrer sur lavenir des réformes
et de rester optimiste. Amir
Shahla Trad. Par Pierre Vanrie
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